Les Anges de Balthazar - Partie II

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« L'homme roulait depuis plus d'une heure maintenant. Sur la route, la lune éclairait l'asphalte anthracite de ses reflets d'argent. »

« Il devait la retrouver. À tout prix. »

« Vincent avança vers la propriété. Pas de portail mais une simple chaîne retenue à deux piquets par un clou. Il l'enjamba. »

« Il s'aventura dans ces restes de lieu sacré, suivant l'allée centrale qui menait à l'ancien chœur et à la forme rectiligne aperçue au loin. C'était un autel en pierre. Vincent enleva ses gants de cuir et posa ses mains sur l'autel. »

« J'avais fait sa connaissance durant la décade d'un colloque en Vendée. »

« À la tablée d'en face, entre deux hommes grisonnants, se trouvait assise une femme. L'intensité de son regard me frappa. Est-ce moi qu'elle regarde ainsi ? me demandai-je. »

« Je montais dans la chambre que l'on m'avait attribuée pour la semaine. Étendu sur le lit à baldaquin, je pensais à cette femme hypnotisante. Je glissai une main sur mon sexe tendu, fermant les yeux.»


Soudain, trois coups distincts retentirent contre la porte de ma chambre.

Surpris, je me redressai d'un bond et ôtai ma main de mon entrejambe. J'attendis quelques secondes. Qui cela pouvait-il être ? Je n'attendais personne et j'étais seul dans cette chambre, contrairement aux autres collègues qui étaient deux ou trois par chambrée.

De nouveau j'entendis trois coups suivis d'une voix de femme qui murmura faiblement mais distinctement :

– Vincent...

Intrigué, je me dirigeai vers la porte et ouvris. Je reconnu la femme de la tablée d'en face. Étrangement, elle avait changé de robe. Cette fois, elle portait une robe blanche, légèrement transparente. Pas de soutien-gorge, pensais-je. Troublé par sa présence, je bredouillai un « oui ? », faussement assuré.

– Pardonnez-moi de vous déranger à cette heure-ci mais je sais que vous travaillez sur les légendes locales. J'ai pensé que vous aimeriez approfondir vos recherches sur les pratiques magiques.

Stupéfait, je pris quelques secondes pour rassembler mes esprits. Ses yeux d'un bleu profond semblaient me fixer.

– Oui, effectivement. Surprenant comme manière de faire. – Que comptiez-vous me dire à ce sujet ?

– Je ne veux rien vous dire Vincent. Je veux vous montrer un spectacle qui vous saisira aux tripes.

– Ah ? répondis-je, décontenancé. Quel genre de spectacle ?

– Je vois que vous n'êtes pas convaincu. Accepteriez-vous de me suivre ?

Piquant à vif ma curiosité, je décidai d'accepter.

– Oui, pourquoi pas, répondis-je. Je crû déceler un léger sourire au coin de ses lèvres.

– Très bien. Je dois vous bander les yeux pour cela.

Amusé, je ne bronchai pas. Elle s'était approchée de moi et je sentais maintenant son parfum frais. Un mélange de vanille épicée et de sucre. Elle saisit le bandeau cramoisi qu'elle avait alors dans les cheveux et l'attacha sur mes paupières. Je ne voyais plus rien à présent. Mais je pressentis que mes sens allaient bientôt s'aiguiser. Ses doigts frôlèrent mes oreilles et mon cou.

Brûlante. Son corps devait être encore plus chaud...

Elle me saisit le bras et nous sortîmes de la pièce. J'entendis le bruit d'une porte qui grinça. Elle accompagnait mes pas dans une descente d'escalier. Je devais être à l'extérieur visiblement car je sentais la fraîcheur de la nuit et le parfum de la jeune femme, obsédant.

Arrivée en bas des escaliers, elle m'ordonna :

– Grimpe.

Je tendis les mains. Une portière de voiture ? Joueuse, pensais-je. Je m'exécutai tel un esclave au service de sa jeune maîtresse, pourtant inconnue.

Le véhicule démarra. Le trajet me parut durer une éternité. J'avais réellement hâte d'enlever mon bandeau. La voiture zigzaguait pendant de longues minutes puis ralentit et finalement, tourna à une intersection. Le bruit des graviers sous les pneus se fit entendre. Une portière s'ouvrit.

– Descends, m'intima la voix.

J'assouvis son désir. Elle reprit alors mon bras et je la suivais en aveugle qui rêve, tel Dante guidé par Béatrice. Quand va donc s'achever la torture ?

Je sentis un sol meuble sous mes pieds. Ce devait être de l'herbe humide à en juger par la façon dont ils s'enfonçaient dans le sol. Nous marchâmes quelques mètres encore avant de nous arrêter. Je sentais en face de moi un feu ardent. Un brasier ?

La pression de la main de la femme se dissipa.

– N'enlève pas ton bandeau. Ce n'est pas encore l'heure, me confia-t-elle.

Le son d'un instrument à cordes, dissonant retentit dans la nuit, entamant une mélodie étrange.

Plusieurs voix s'élevèrent alors :

– Bienvenue à toi, descendant d'Adam, porteur de Lumière. Gloire au Maître, puisses-tu assouvir nos désirs cette nuit.

Les chants grandissaient alors tout autour de moi. Je frissonnais. Cela avait assez duré. Je m'apprêtai à ôter mon bandeau mais plusieurs mains m'attrapèrent et me firent tourner en cadence avec elles. Une ronde de sabbat... ?

Ces mains étaient douces et chaudes, très agréables. Je me détendais peu à peu, me concentrant uniquement sur le rythme. Je sentais contre mon dos les corps d'autres danseuses aux cheveux flottants. Une main versa dans ma bouche du vin épicé et sucré. De l'hypocras ? Je bus avidement cette ambroisie en attendant impatiemment la suite des festivités.

La farandole me paraissait interminable. Je ne sais pas combien de temps on me fit tournoyer ainsi. Mais déjà, le bruit des instruments acoustiques s'était tu. Je distinguai alors le son d'une guitare amplifiée puis celui d'une basse lourde. Je reconnu immédiatement le morceau Mephisto de Moonspell, mais la voix était celle d'une femme.


Hungry eyes are looking for Me...

Bientôt les toms retentirent. L'effet était saisissant. Les bras, en m'entraînant, m'avaient essoufflé dans leur ronde infernale. Jusqu'où cela va-t-il aller ?

La musique changea d'atmosphère. Elle se fit plus lente. La mélodie d'un synthé résonnait maintenant dans la nuit. La même femme chantait. La musique semblait moins brutale, plus sensuelle. Je sentis le parfum vanillé de mon guide féminin. Les voix entonnèrent en chœur, lascives :

And I need all the love that I can't get to...


Je reconnaissais ces paroles. Je songeais aux masques du clip. La femme au parfum saisit mes mains et les posa sur ses seins, nus ? Ils étaient soyeux. Elle me fit faire des mouvements circulaires avec mes propres mains sur sa poitrine. Avec ses doigts, elle m'indiquait les gestes que je devais reproduire. Fou de désir, je n'avais plus besoin d'être guidé. J'allais lui donner ce qu'elle voulait.

Je pétrissais ses mamelons durs comme le marbre entre mes paumes. La chaleur du brasier semblait s'intensifier et j'entendais son crépitement malgré le son des amplis électrifiés. Combien y avait-il de personnes ? M'observaient-elles ? Participaient-elles également au sabbat, se donnant du plaisir ? Je l'ignore encore. J'avais seulement envie d'exceller, d'impressionner ces gens et surtout, cette femme.

Déjà les musiciens enchaînaient un autre morceau. Je saisis alors le corps de la femme par les hanches et caressais sa cambrure. Mes gestes furent gênés par un objet métallique qui cerclait sa frêle taille. Une ceinture ? Je fis le tour de son bassin, m'attardant au passage sur sa toison soyeuse. Je pris le risque de glisser mes doigts dans sa chair en fusion. Son antre était humide. J'avais envie d'elle, je la désirais, je voulais la posséder toute entière devant toute l'assistance.

À présent la jeune femme soupirait, tremblant sous mes caresses. Des mains vinrent à mon secours, retirer tout reste de civilité. Nu comme un ver, le sexe tendu.

Priape pris au piège.

Me sentant à la fois ivre et déterminé, j'allongeai ma partenaire sur le sol me mettant ainsi à genoux. J'ouvris doucement ses cuisses. Son corps était brûlant.

L'assemblée semblait s'agiter, frémir d'excitation à l'image de cette femme offerte à moi.

Une main me tendit à ma gauche un objet dur que je saisis. Une autre main me tendit une cordelette. Bien entendu, j'ignorais de quels objets il s'agissait. Celui de gauche me paraissait légèrement lourd. Comme si quelque chose pendait à son extrémité. Celui de droite, au contraire semblait être relié à quelque chose à terre, mais quoi ? On guida une fois de plus mes gestes : avec ma main gauche, je devais effectuer un mouvement précis et sec en direction du sol.

Me demandait-on de fouetter ainsi cette femme ?

J'hésitais un instant. Mais déjà des mains m'incitèrent vivement à obéir. Soit, je m'exécutai.

Après tout, cela doit faire partie du spectacle.

...

(to be continued)

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